Patrick Ledrunotes de voyage
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De retour à Libreville, j’ai le plaisir de retrouver en
début d’après midi Julien avec qui j’avais travaillé en 1986 au Gabon. Il était
alors géologue débutant et s’était motivé à mon contact à l’étude des
structures. Il était venu en France et je lui avais conseillé de faire un DEA à
Rennes avec mon ancien professeur d’université. Ce qu’il fit. On se rappelle
alors qu’une responsable du BRGM de l’époque, qui n’avait une estime vraiment
très limitée à mon égard, lui avait dit qu’il était sur la mauvaise pente en
suivant ce type de formation. En effet, il est aujourd’hui adjoint au Directeur
de l’Eau… Comme quoi, il faut se méfier des jugements d’école… Il me rappelle
ensuite que j’étais un superviseur difficile mais me remercie avec le recul de
ma sévérité… Retrouver les anciens élèves est incontestablement une des grandes
satisfactions que nous apporte le métier d’enseignant, l’émotion d’avoir croisé
et agit, souvent de façon symbolique, sur la destinée d’une autre personne.
Aujourd’hui le terrain est avec Serge et Raymond pour la
géologie et la bande à Aymar pour le machettage et le portage. Et Obonou au
fusil de chasse. La veille il a tué une gazelle et veut récidiver. A la fin de
notre journée de terrain, il se laisse distancer en forêt et quelques minutes
plus tard on entend un chant profond : il appelle les animaux. Mais aucun
animal ne viendra. Michel me racontera alors qu’une fois les gars avaient ainsi
appelé les animaux et s’étaient retrouvés encerclés par les éléphants. Ils n’avaient
pas pu rejoindre leur campement ! Mais en tout cas, qu’on se le dise, on
peut appeler les animaux en forêts et ils peuvent venir.
On déménage, démontage des tentes et repliage des
équipements. Ce coin où nous étions installés était d’une atmosphère étrange,
comme si le temps s’était arrêté. Le pont avec des arches de métal sur la
rivière, deux maisons sur le coté droit de la route avec une assez grande place
pour installer nos tentes. De l’autre coté, trois maisons et au milieu de ces
maisons, une grande tombe. De
Je pars avec Serge, Claude, Aymar et Hans Thierry pour
retrouver une ancienne piste qui doit nous mener au Nord. Obonou est avec nous.
Expérimenté de la forêt et de la chasse, il repère très vite une zone où toutes
les plantes et arbustes sont couchés et cassés : un lieu de combat
d’éléphants, un jeune a cherché à s’imposer dans un groupe. On perd vite cette
ancienne piste, complètement refermée, et on retrouve
Les affleurements se
trouvent dans les rivières. Alors on commence dès le matin les pieds
dans l’eau et ce jour là on parcourt trois rivières parallèles. La forêt de ce
secteur n’est plus exploitée depuis plus de 20 ans et a retrouvé un bel aspect.
On reconnaît peu à peu le lien entre le tracé des rivières et
Un itinéraire en forêt, ça commence par la constitution
d’une équipe. Raymond, élève géologue, Prospère machetteur, Daniel porteur et
second machetteur, Marcus, second porteur. Un point GPS et on quitte la piste
pour descendre une rivière. Le nord de piste est souvent très dense en débris
d’arbre et végétation secondaire, les engins d’entretien de la piste repoussant
régulièrement les repousses d’arbres sur les bords pour éviter la fermeture de
Réveil au village de Mbe 1. Les chiens, les coqs, la cloche
et une prière dans un abri, 8 femmes qui psalmodient un chant et frappent en
rythme des baguettes de bois. On part avec Essone Eko Jean, guide forestier du
village. Il connaît les pistes et les zones d’activité autour du village.
D’abord les pistes pour aller aux plantations, manioc, ananas, banane, puis les
pistes qui mènent à la rivière, puis les pistes des chasseurs partagées avec
les animaux sauvages, souvent en ligne crête ou à flanc de colline, visant les
cols pour éviter de monter et descendre. Les pistes d’éléphants comme on les
appelle pour simplifier, résultat de la complicité de l’homme et de l’animal,
partageant et respectant le même espace. Tant de pistes ne facilitent pas
toujours le déplacement des géologues car en fait il n’existe pas vraiment de
pistes de géologues… Et rares sont celles qui mènent aux affleurements. Et
chacun avec sa logique privilège une piste plutôt qu’une autre : le guide
veut descendre la rivière pour rejoindre la grande piste, Michel aller au
sommet de la colline en suivant la piste des chasseurs, Serge souhaite remonter
la rivière pour trouver les roches le plus rapidement possible … On argumente
avec le GPS, la carte topo et le feeling. Et finalement on choisit la dernière
solution et on remonte la rivière en pataugeant 3 heures dans le marécage… Des
paysages à
Ca s’appelle Medouneu, c’est à la frontière nord du Gabon avec la Guinée équatoriale. Une grande ville si l’on se fie à la tache noire qui figure sur la carte 200000 du Gabon, au milieu du vert. Il est 15h00 et il fait très chaud, pas de nuages. Michel Ebong, chef de mission, passe au Commissariat de la légion Nord pour laisser la lettre de mission signée du ministre. Puis on va dans le bar station service. Une table en terrasse et un fourbi à l’intérieur mais pas de pompe à essence. Un jeune homme, patron du bar, qui nous offre ce que nous voulons à condition que ce soit un coca-cola ou un pschitt orange. Puis c’est inattendu, une émission sur RFI sur la vie de Mozart, ce qui est vrai, ce qui est imaginaire… La radio est puissante et ça se termine sur une version du requiem en rap… Et le plein dans tout ça ? Le gas oil est tout simplement dans un bidon de 50 litres. Et faire le plein consiste à transvaser l’essence dans des seaux, puis des seaux dans des bidons d’huile de 2 litres, tout ça opéré par le patron, sous le regard de sa petite fille qui laisse tremper ses mains dans le seau et se fait régulièrement éclabousser. Et participe activement au transfert des bidons d’huile remplis d’essence dans le réservoir de la voiture. Heureusement qu’il s’agit de gas oil et non d’essence et que le patron a arrêté de fumer…On arrive ensuite au village de Mbe, à 1O km au sud. Et on est accueilli par le chef de village mais aussi par le simplet du village. Un sourire simple.
Un village. A la « Limite du département du Haut Como » est écrit sur le panneau. Quelle limite ? C’est quoi une limite dans la forêt équatoriale ? C’est le soir et les camions qui travaillent à la réfection de la piste sont garés. Les chauffeurs boivent et jouent aux dames en écoutant le match Sénégal-Zimbabwe de la coupe d’Afrique des nations. On arrive de Libreville, il est 20h30 et on nous offre des chambres, un lit dans une baraque. C’est le matin et les nuages quittent peu à peu les reliefs des Monts de Cristal, les femmes partent au bord de la rivière, les camions sont repartis sur la piste et les fouroux passent à l’attaque. Alors, je repense à la limite… Quelle limite ? Celle que l’on a introduite, mais ici tout se répète jour après jour avec des changements infimes, et sans limite…
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